iyahen1_RANDY BROOKSAFP via Getty Images_barbadoshurricane Randy Brooks/AFP via Getty Images

Assurer la résilience des côtes et des océans

LONDRES – Le changement climatique représente une menace croissante pour les écosystèmes côtiers et marins, dont la résilience est vitale pour la stabilité mondiale, la prospérité économique et la survie de toutes les formes de vie sur Terre. Malgré l’impératif d’une action urgente pour la protection de ces écosystèmes, de nombreuses communautés côtières ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour se relever des catastrophes naturelles liées au climat, telles que les ouragans, les typhons et les inondations côtières causées par les tempêtes.

Il est essentiel de combler l’actuel manque de financements pour parvenir à atténuer les pires effets du changement climatique. Le secteur de l’assurance peut ici constituer l’un des puissants moteurs d’une évolution positive, en s’appuyant sur des solutions de gestion des risques afin de renforcer la résilience à long terme des côtes et des océans.

L’ouragan Beryl, qui a ravagé les Caraïbes et le golfe du Mexique en juillet dernier, souligne la nécessité de solutions d’assurance ciblées pour les régions vulnérables face au climat, cette tempête ayant détruit près de 90 % des bateaux de pêche de la Barbade. Sans revenus, faiblement couverts voire non assurés, de nombreux pêcheurs et leurs communautés se sont retrouvés sans moyens de reconstruire.

Malgré un niveau accru de risque, les assureurs reconnaissent que des produits intelligemment conçus, une tarification précise des risques, et des mesures de renforcement de la résilience peuvent rendre financièrement viables les marchés vulnérables face au climat. Dans de nombreux cas, des partenariats avec les États et les organisations pour le développement, aux fins d’un partage des risques et d’un comblement des manques de protection, encouragent les assureurs à rester sur le marché. En demeurant présents dans ces régions, les assureurs préservent non seulement un important segment de marché, mais contribuent également à bâtir des communautés côtières plus résilientes.

Les polices d’assurance paramétriques constituent ici une solution prometteuse. Elles sont conçues pour servir de filet de sécurité financière aux particuliers, aux petites entreprises voire aux États à la suite de catastrophes environnementales, en garantissant des paiements rapides qui permettent aux communautés et aux gouvernements de se relever plus rapidement. Aspect tout aussi important, les polices paramétriques jouent un rôle clé dans l’atténuation des risques, en permettant aux États et aux entreprises d’investir dans des stratégies de résilience à long terme.

Exemple remarquable de solution au niveau national, la police paramétrique de l’assureur anglo-américain WTW relative au Belize a été conçue pour soutenir la capacité du pays à honorer le service de sa dette en obligations bleues. Ce mécanisme financier innovant débloque automatiquement des fonds lorsque des événements environnementaux prédéfinis se produisent, ce qui permet au Belize de s’acquitter de ses obligations en matière de dette, et d’atteindre ses objectifs de résilience climatique, même après des catastrophes naturelles.

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Au-delà du transfert de risques, l’assurance peut jouer un rôle essentiel dans la mobilisation de capitaux privés pour des projets de renforcement de la résilience. Les investisseurs institutionnels à long terme, dont les assureurs, détiennent de vastes réserves de capitaux, qui peuvent être affectées à des infrastructures durables. Le déblocage de ces fonds demeure cependant un défi, notamment pour les projets à grande échelle au sein de pays en voie de développement et de régions à haut risque.

Initiative conjointe de l’Insurance Development Forum (IDF) et de BlackRock, le Fonds pour le développement de la résilience des infrastructures vise à surmonter ce défi en mobilisant les capitaux du secteur de l’assurance aux fins d’investissements dans des infrastructures résilientes au sein des pays en voie de développement et des économies émergentes. Ce fonds soutient un certain nombre de projets commerciaux sur des sites nouveaux ou préexistants, dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, l’eau, la gestion des déchets, les transports et les télécommunications. En certifiant que les projets répondent aux exigences des assureurs en termes de crédit et de risques, ce fonds constitue un canal propice au financement indispensable des infrastructures de ces pays, certains investissements concernant des solutions fondées sur la nature, notamment au sein des communautés côtières, ce qui favorise la durabilité à long terme.

Autre exemple, Nautilus, the Blue Guarantee Company est une initiative conjointe de l’Ocean Risk and Resilience Action Alliance (ORRAA) et de Development Guarantee Group, soutenue par le gouvernement britannique. Nautilus recourt à des garanties – essentiellement des assurances d’investissement – pour débloquer des capitaux privés à grande échelle au service de projets de résilience des côtes et des océans. Présentant une structure de « promesse de paiement » qui réduit les risques de défaut pour les investisseurs, Nautilus entend exploiter sa base de capitaux pour soutenir des sociétés durables de l’économie bleue, allant des petites et moyennes entreprises aux projets d’infrastructure à grande échelle. Cette stratégie pourrait atténuer les risques perçus, et renforcer la confiance des investisseurs, attirant ainsi des financements privés vers des initiatives de résilience climatique et de régénération des océans à travers le monde.

Pour remédier à l’insuffisante protection d’une économie bleue durable, il est également nécessaire que nous favorisions les partenariats entre compagnies d’assurance, investisseurs et dirigeants politiques, afin de tirer parti de l’expertise ainsi que des ressources des secteurs public et privé. Ces partenariats public-privé poursuivraient comme objectif commun la facilitation de solutions innovantes d’adaptation et de gestion des risques au profit des communautés vulnérables.

Le travail que mènent les membres de l’IDF aux côtés de l’ORRAA constitue un excellent exemple d’exploitation de ressources publiques, privées et philanthropiques pour l’accroissement des investissements dans les solutions fondées sur la nature, telles que la protection des récifs coralliens et la restauration des mangroves. Les pools de risques souverains, qui permettent aux États insulaires de se regrouper et d’accéder à une couverture d’assurance abordable, constituent un autre modèle utile pour renforcer la résilience financière face aux catastrophes liées au climat.

Le Forum sur l’économie et la finance bleues ainsi que la Conférence des Nations Unies sur les océans, qui se tiendront à Monaco et Nice au mois de juin, soulignent le rôle croissant du secteur de l’assurance dans le renforcement de la résilience des océans. Pour que des progrès significatifs puissent être réalisés, il est toutefois nécessaire d’appliquer une stratégie à plusieurs volets, afin d’élargir l’accès à des solutions d’assurance telles que la couverture paramétrique.

Pour rendre l’assurance plus accessible et plus adaptée aux réalités locales, nous devons investir dans les données et la modélisation des risques, afin d’améliorer notre compréhension, notre évaluation et notre tarification des menaces liées aux océans. L’indice des risques côtiers d’ORRAA et d’AXA démontre combien une approche fondée sur les données peut renforcer la résilience climatique.

Peut-être plus important encore, compte tenu de l’ampleur sans précédent du défi climatique, le comblement du manque de couverture impose une approche complète, qui intègre capacités de gestion des risques du secteur, instruments financiers innovants et déploiement stratégique des capitaux.

Une adoption généralisée des produits d’assurance fondés sur la nature nous permettra non seulement d’atténuer les risques physiques, mais également de soutenir la biodiversité et la santé des écosystèmes. En renforçant les défenses naturelles des côtes, nous pouvons libérer le plein potentiel économique et écologique d’océans résilients, et créer une économie bleue prospère.

https://prosyn.org/s3IrYqZfr